Tout tourne autour de lui. Le ciel, la terre et la mer confondus.
Quoique il n'y ait ni mer ni ciel.
Les ténèbres tourbillonnent autour de son crâne douloureux, et il sent des nausées l'envahir.
Il va vomir. Autour de lui il n'y a que du noir et au loin la blancheur indifférente d'un couloir d'hôpital aseptisé. Pourquoi est-il dans un hôpital ? Il a horreur des hôpitaux, tout ce blanc, on dirait une publicité pour une eau de Javel bon marché. Pourquoi toujours du blanc dans les hôpitaux ? Est-ce pour mieux voir le sang des patients ?
_Quand je serai Président, j'interdirais le blanc dans les hôpitaux. Y'aura que du noir partout... Ah non, ça, c'est les Pompes Funèbres... A croire qu'ils ont déposé un brevet, hein ? , croassa t-il en ricanant. Il reconnaît à peine sa propre voix qui n'est plus qu'un gargouillis rauque. Mais que lui arrive-il ?
Il entend des voix, très loin. Jeanne d'Arc, le retour.
...Oh mon Dieu ! Regardez... son visage ! IL N'A PAS DE VISAGE !... Qu'est-ce que c'est Maman ? Ne regarde pas, ne regarde pas... Vite un brancard ! Il y a un macchabée dans mon couloir !... Mais Monsieur, il bouge ! Il n'est donc pas mort ?... Il y a plein de sang, et son VISAGE! ...
Qu'est-ce qu'ils foutent tous ces gens ? Et pourquoi est-ce qu'il ne voit rien ? Que lui arrive t-il ?
Il se met à pleurer. Il se rend compte qu'il a mal. Partout. Aux mains et au visage.
Quand il essaie d'essuyer ses larmes, il sent qu'il a plus pleuré qu'il ne le croyait. Tout son visage est humide et poisseux, comment peut-on pleurer autant ? Il a mal quand il touche.
Il a vraiment envie de vomir. Il n'y tient plus, il s'accroupit et vomit sur le blanc. Le blanc, c'est tout ce qu'il voit. C'est bizarre.
Tout tourne autour de lui. Le ciel, la terre et la mer confondus.
Quoique il n'y ait ni mer ni ciel.
Des hurlements. Pourquoi ?
On le touche ; il hurle de douleur.
La dernière chose dont il se souvient est qu'on l'a allongé, sur un brancard peut-être, puis plus rien, les étoiles et le ciel noir de la nuit.
Lorsqu'il se réveille, la première chose qu'il voit est un rayon de soleil.
Il l'observe. Les poussières qui traversent la lumière ont l'éclat et la beauté de pépites d'or.
_Vous êtes éveillé ? Il faut que je vous parle, vous...
Moi aussi je pourrais être une poussière.
_...grièvement blessé, nous avons sauvé vôtre ½il droit, mais...
Me déplacer sur les courants d'air, ça doit être génial, j'aimerais...
_... vous dire, vôtre visage a été lacéré avec un objet tranchant...
être ainsi, comme une étoile au soleil...
_... le bout de vôtre nez, vos oreilles...
Ce serait au début surprenant...
_... tranchés. A vrai dire, vous...
Mais on se fait à tout...
_... une cellule d'aide psychologique est à vôtre disposition...
Oui, ce serait une solution...
_... mon vieux, il vous reste l'espoir...
Être l'étoile du soir...
_... Pour finir, je vous plains. Ce qui vous arrive est une horreur...
Mais même les étoiles meurent...
_... Je suis désolé pour vous. Des bruits de pas et une porte qui claque.
Moi aussi...
Quelqu'un ferma le rideau, et ce fut le noir.
Trois jours plus tard, sa vie ne courant plus aucun danger, on le sortit de l'hôpital.
Ce fut un soulagement pour lui. Il n'aimait pas le blanc des murs.
Marchant dans la rue, il se rendit compte que personne ne le regardait. Il devait être un fantôme.
Ah si, une femme enceinte le vit une fois. Avec de gros yeux exorbités, elle se mit à crier et s'effondra dans la rue. Alors qu'il essayait de l'aider à se relever, l'homme qui l'accompagnait le frappa. Lui aussi le voyait, et l'expression horrifiée, révulsée de son visage lisse hante son esprit. Il n'eut que le temps de voir une ambulance emmener la femme avant de s'enfuir.
Il ressentait quelque chose. Comme une pierre sur le c½ur et dans la gorge.
Il était triste, il était seul.
Personne ne le voyait. La seule personne qui lui parlait était son reflet dans le miroir.
Il était seul, il était invisible.
Un jour il vit un pont au dessus de l'eau sombre. Les flots tumultueux du fleuve l'attiraient, l'appelaient. Il y voyait le reflet de l'éther nocturne, la lune blafarde et les astres d'argent.
Il était un spectre.
C'était si beau. Alors il plongea dans le ciel et devint une étoile.
Une petite histoire que j'ai écrit il y a un certain temps déjà. Elle n'est pas très bien structurée, et je me suis promis de la retravailler un jour, mais j'oublie à chaque fois. Un jour, je la développerai...